La mort d’une raie papillon

Une raie papillon morteL’autre jour, au large de Cannes, un chasseur sous-marin tue une raie papillon de 72 Kilo, qui vue sa taille et la péridoe de l’année était certainement pleine d’oeufs. C’est une espèce classée « en danger critique d’extinction » et Nice matin s’en félicite!

Ses lecteurs et les réseaux sociaux s’enflamment avec raison, un Scientifique écrit au journal, le journal répond, la raie papilon est morte.

Cet Azuréen a pêché une impressionnante raie de… 72kg
Cyril a 43 ans. Cet Azuréen, passionné de pêche sous-marine, a remonté dimanche matin une raie impressionnante au large des îles de Lérins. Il nous raconte.

“Je fais régulièrement de la pêche sous-marine en apnée. J’adore ça. Je pratique quasiment tous les 2 jours et j’essaie d’aller un peu partout. Antibes, Cannes, Théoule… Ce dimanche matin, j’avais décidé de me rendre au large des îles de Lérins. Il était 5h du matin passé. J’étais à la recherche de liches.

J’ai commencé à dériver, quand soudain j’ai aperçu une grosse masse sombre sous moi. J’ai d’abord cru une grande serviette de plage qui s’était envolée. J’ai voulu descendre pour vérifier.

Quand je suis arrivé à 16m de profondeur, la chose a ouvert les yeux face à moi. J’ai compris que c’était une raie. Elle était monstrueuse. J’ai tout de suite tiré et je l’ai remontée grâce à mon bateau. J’ai mis quasiment 1h pour la sortir de l’eau. Elle faisait 72kg!”
Source

Voici la lettre qu’a envoyé un scientifique au journal

“Madame, Monsieur,

Je me permets de vous contacter suite à la publication hier matin dans l’édition de Cannes d’un court article sur une chasse au harpon d’une raie de grande taille (en attaché).
Je partage évidemment tous les sentiments exprimés par les lecteurs de Nice Matin qui ont réagi très rapidement sur Facebook.

Pour ma part, en tant que scientifique spécialisé sur l’écologie marine en Méditerranée, et les poissons en particulier, ce sentiment est renforcé par le fait qu’il s’agit d’une espèce considérée comme en danger critique d’extinction en Méditerranée. Dans la dernière analyse réalisée par les spécialistes de l’IUCN cette espèce est placée dans la catégorie “en danger critique d’extinction” pour la mer Méditerranée en raison de la diminution de plus de 80% des effectifs au cours des 20 dernières années. En dehors de la Méditerranée (Atlantique), le statut est “Vulnérable” en raison d’une diminution de 30% des effectifs.

Nous avons repris et validé ces conclusions lors de l’évaluation que j’ai mené avec des collègues méditerranéens pour établir la liste rouge des espèces de poissons en Méditerranée (Abdul Malak et al., 2011; en attaché).

De plus, cette raie est ovovivipare (viviparité comme les Mammifères, même si il n’y a pas de placenta) et la maturité sexuelle est atteinte à partir de 1 m de largeur de disque pour les femelles. Compte tenu de la taille du spécimen sur la photo et de l’époque de l’année (été), ce n’est pas un individu qui a été tué, mais plusieurs dizaines !

En complément, il faut savoir qu’un décret publié au Journal Officiel en octobre 2014 (en attaché) mentionne explicitement Gymnura altavela comme étant une espèce en danger pour la convention de Barcelone dont la France est signataire depuis l’origine (1995).

Les scientifiques, à travers l’IUCN, reconnaissent donc la vulnérabilité de cette espèce. Les politiques en tiennent compte dans les politiques internationales (convention de Barcelone) et les “flingueurs” passent outre en raison d’un manque complet de culture et de jugement et sont cités dans les journaux grand public pour leurs “exploits”.

Que cette espèce soit prise de façon accessoire par la pêche professionnelle n’est pas excusable et admissible mais cela peut arriver. Par contre qu’une personne déclare “j’ai tout de suite tiré” relève d’un comportement inadmissible, le comportement d’un “viandard” et non pas d’un chasseur responsable. Je pense qu’avant de publier de tels exploits les journalistes devraient avoir un esprit un peu plus critique et se renseigner sur les conséquences que représentent ce geste … ou en tout cas se renseigner auprès des personnes compétentes pour l’apprécier. Notre laboratoire, par exemple, est connu des journalistes de Nice Matin qui nous contactent assez régulièrement sur l’environnement marin.

J’espère très vivement qu’un article sera publié dans Nice Matin pour rectifier cette publication et que le chasseur sous-marin (je reste poli) comprenne l’énormité de son comportement.”

La réponse de Nice Matin

Les scientifiques insistent sur le rôle écologique et le «potentiel économique» des prédateurs marins, après la capture ce dimanche aux îles de Lérins d’une raie géante menacée.

Nos lecteurs ne sont pas restés indifférents à la publication lundi d’une image où l’on voit le pêcheur Cyril avec sa prise de dimanche matin, une raie papillon de 72 kg. Ce prédateur marin, Gymnura altavela selon sa dénomination savante, est classé par les scientifiques parmi les espèces en danger critique d’extinction en Méditerranée (listes rouges établies par le MNHN et l’UICN).

«Si j’avais su que cette raie était en voie d’extinction», réagit le chasseur sous-marin, «je n’aurais pas tiré. Les espèces protégées, normalement, on les connaît. Il y en a très peu: le mérou, le thon, le corb… Je connaissais la raie noire, qui ne se mange pas. Et pour moi, les autres n’étaient pas protégées, sauf des espèces lointaines comme la raie manta.»

Le problème, c’est qu’en effet, la loi ne protège pas la raie papillon malgré les avertissements des scientifiques. «Cette raie n’est pas réellement protégée par la loi», déplore Patrice Francour, directeur adjoint d’un laboratoire de recherche à l’Université de Nice. «La réglementation est minime en milieu marin comparée à la pêche en eau douce ou à la chasse. L’absence totale de permis en mer est une aberration. Très peu d’agents sont capables de surveiller et dresser des infractions.»

Protéger l’écosystème… et aider le tourisme

En plus du problème légal, encore faut-il que le pêcheur sache identifier les espèces menacées. Bernard Seret est, lui, consultant et ancien chercheur détaché au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. «Les chasseurs sous-marins sont souvent des autodidactes mal informés», explique-t-il. Patrice Francour est, lui, moins indulgent. «Quand on voit une espèce comme ça, le premier réflexe, c’est de ne pas tirer», juge-t-il. «Les pêcheurs amateurs méconnaissent, pour la plupart, la gestion des ressources marines. À la différence des professionnels, qui mesurent l’importance écologique des prédateurs.»

L’intérêt est aussi économique pour la Côte d’Azur: «Imaginez les retombées pour le tourisme sous-marin si une population de raies papillon venait s’installer au large des îles de Lérins », poursuit-il. « Le potentiel économique est extrêmement intéressant. Le tourisme s’est déjà développé à Port-Cros, grâce à la protection du mérou. » Avis donc aux chasseurs du dimanche : mieux vaut connaître « les espèces côtières particulièrement sensibles» sur notre littoral, comme le détaille Bernard Seret: «Les raies-guitares, les mantes de Méditerranée et les requins anges de mer. Ce sont eux qui, autrefois en abondance, ont donné son nom à la Baie des Anges de Nice!»

Et d’ajouter, «on n’avait pas signalé cette raie depuis des décennies sur nos côtes. C’est le premier signalement de ce type que l’on ait jamais eu en France pour cette espèce.»

On a flouté le visage des pècheurs, car on ne voulait pas les mettre au pilori.

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